Les lieux de culte attestés dans l’histoire

Il existe des lieux en Europe dont l’archéologie atteste une utilisation à des fins cultuelles avant, pendant et après la période viking. Aujourd’hui, il revient aux personnes intéressées par le paganisme germanique de visiter ces lieux antiques où des blótar ont réellement été pratiqués par l’entremise d’animaux et peut-être d’être humains. Les lieux que j’ai répertoriés ici ne sont sûrement pas les seuls qui ont existé, mais ils sont un bon indicateur de la vitalité de ces pratiques religieuses, avant la christianisation.

En Allemagne, on trouve deux grands lieux de culte attestés. Le plus connu reste le Brocken, le sommet le plus élevé du massif du Harz dans le land de Saxe-Anhalt. Selon la légende, c’est au Brocken que les sorcières se réunissaient pendant la nuit de Walpurgis le 30 avril de chaque année.

Le deuxième lieu de culte germanique le plus connu en Allemagne se situe près de la commune de Horn-Bad Meinberg, en Rhénanie-Du-Nord-Westphalie. C’était le sanctuaire national du peuple saxon avant sa destruction par les Francs chrétiens le jour du solstice d’été de l’an 772. On l’appelle Externsteine, une déformation du mot Eckensternensteine c’est-à-dire « les pierres d’angles d’étoiles.

En Angleterre, deux sites sont connus dans le Nord-Est du pays, une région qui correspond assez bien à l’ancien royaume anglo-saxon du Northumberland. Vraisemblablement, ces deux sites se trouvent près de petits villages éloignés des grands axes routiers.

En ordre d’importance, dû au nombre de fouilles archéologiques y ayant eu lieu, le village de Yeavering, dans le comté de Northumberland, est le plus important lieu de culte païen de l’Angleterre anglo-saxonne. En tout, le site de Yeavering compte quinze bâtiments dont un qui retient particulièrement notre attention puisqu’il est dépourvu de tout objet propre à la vie domestique, mais abrite un puits rempli de crânes de bœufs et de fragments de pots en terre cuite. Après les fouilles, les archéologues conclurent que ce dit bâtiment fût un temple dédié aux divinités germaniques de l’Angleterre anglo-saxonne.

L’autre site connu en Angleterre est celui Goodmanham, le seul lieu de culte anglo-saxon qui est attesté par Bède le vénérable. On dit que les lieux abritaient le grand temple de Woden jusqu’en 627, année où le roi Edwin de Northumbrie se convertit à la nouvelle foi chrétienne et ordonna de brûler le temple.

En Norvège, le site de Mære, dans le comté de Nord-Trøndelag, demeure le seul temple païen découvert sous une église norvégienne. Un puits sacrificiel a été découvert sur les lieux avec des pièces de toreutique (c’est-à-dire le travail des métaux par martelage). D’après les sagas, Mære était un centre religieux fort important en Scandinavie. Pour la petite histoire, le patronyme de l’auteur de ce site Web est dérivé du site de Mære en Norvège…

À Hov, près de Lillehammer, on déterra une maison longue datant du 6e ou du 7e siècle qui contenait aussi une trentaine de pièces de toreutique. Elle était adjacente au bâtiment principal d’une ferme et semble n’avoir jamais servi comme résidence.

Ainsi, à Ranheim en banlieue de Trondheim, on découvrit un site assez inusité, datant du 4e siècle et qui se composait d’un cercle de pierres de 15 mètres de diamètre contenant une voie cérémonielle en pierre et d’un bâtiment central comprenant douze piliers. Le bâtiment semble avoir été un abri pour les idoles et les images divines. On y découvrit de nombreuses dents humaines, un morceau de crâne humain et deux fragments de billes de verre.

Le seul site danois qui semble avoir été un lieu de culte ancestral est celui de Tissø, vraisemblablement la résidence d’un chef viking. On y trouva des fragments d’os animal, des morceaux de gobelets de verre d’origine franque, une des cordes d’un instrument de musique, un anneau d’or, des amulettes avec des motifs mythologiques. Des armes et des bijoux sur les lieux suggèrent que le site était destiné à des familles nobles. Le complexe comprenait aussi un marché et des ateliers.

L’Islande possède plusieurs sites dignes d’intérêt, mais le plus important semble avoir été Hofstaðir. L’endroit recèle les vestiges d’une ancienne maison longue de type scandinave de 42 mètres de long. Une vingtaine de squelettes de bœufs et de moutons ont été déterrés et tous ont été abattus de la même façon insolite : avec un trou entre les yeux.

Les lieux de culte en Suède sont certes les plus nombreux et ceux qui ont le plus marqué l’imaginaire. Uppåkra est probablement le lieu de culte ancestral le mieux connu, car il a été déterré en totalité. On sait que les murs étaient composés de bois de chêne. Le bâtiment était encerclé par des tertres funéraires datant de l’âge du bronze final.

À la ferme de Lunda, située à deux heures de route de Stockholm, se trouve un petit bâtiment qui contenait trois figurines de type phalliques dont une en or massif et les deux autres en bronze. L’édifice semble avoir servi aux occupants de la ferme.

À Borg, dans la province suédoise d’Östergötland, se trouve un petit bâtiment construit d’un sol de pierre, interprété comme étant un hörgr, un autel sacrificiel. On trouva sur le site une centaine d’amulettes et près de 75 kg d’ossements presqu’intacts.

Le parc national de Tiveden en Suède est d’une importance capitale parce qu’il a été un lieu de culte ancestral utilisé jusque dans les années 1820. Le nom de Tividen est étymologiquement associé à Tyr et on surnomme le lieu « trollskyrka », soit l’église des trolls, un sobriquet probablement inventé par les hors-la-loi qui se cachaient dans cette forêt pour chasser les intrus…

En 2007, à Lilla Ullevi (littéralement « le petit sanctuaire dédié à Ullr »), près de la commune suédoise d’Upplands Bro, des archéologues trouvèrent un lieu de culte dédié à Ullr, dieu de la chasse et de l’hiver. L’endroit se présente comme une plate-forme de pierre ayant servi de fondation à un large édifice en bois utilisé à partir du 5e jusqu’au 17e siècle, soit six siècles après la christianisation officielle de la Suède. Soixante-cinq amulettes votives ont été trouvées à Lilla Ullevi.

Finalement, il reste Gamla Uppsala, le lieu de culte qui a sans doute fait couler le plus d’encre. Les archéologues croient indéniablement qu’un temple a existé à cet endroit. On a découvert des trous de poteaux sous l’église de la ville. Ces trous sont alignés et forment des rectangles concentriques, mais appartiennent en fait à différentes phases de construction, dont à l’âge du bronze et à l’âge du fer germanique récent ou autrement dit, l’époque viking. Trois tertres funéraires royaux qui avoisinent l’église sont des tombes, croit-on, de rois légendaires de Suède du 6e siècle soient Aðils, Aun et Egil.

Par ailleurs, un article du journal régional Upsala Nya Tidning a été publié le 17 octobre 2013 et signale une découverte majeure à Gamla Uppsala, soit la découverte d’une route processionnelle d’un kilomètre de long qui date du 5e siècle, soit avant la période viking. Elle fût délimitée par une rangée de pieux en pin dont les trous ont été remplis de cailloux et d’ossements. L’ampleur de cette route processionnelle suggère qu’elle a été construite par un personnage très influent, voire un des rois légendaires de Suède.

Je tiens à le répéter, cette liste ne saurait être exhaustive, mais elle confirme sans l’ombre d’un doute que le paganisme germanique a bel et bien été une spiritualité vivante jusqu’au 12e siècle ou plus précisément jusqu’à la fondation de l’archevêché de Suède en 1164 à Gamla Uppsala.

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