Haustblót / Disablót

Selon Jesse Byock, ce concept désigne le sacrifice automnal ou d’un point de vue général, l’ensemble des sacrifices opérés pendant l’automne. L’expression se compose du préfixe haust, un autre substantif pour désigner l’automne; et du suffixe blót, le sacrifice proprement dit. Après déduction, on se rend compte que haustblót se compose de deux célébrations  : Álfablót et Dísablót.

ÁLFABLÓT

Les Álfar honorés durant Álfablót semblent avoir été des divinités mineures à l’apparence masculine, liées aux ancêtres et à la fertilité. Ce sacrifice était destiné à assurer une année féconde, til árs comme disent les sagas.

Selon Mats Larsson, professeur d’archéologie à l’université de Lund (Suède), explique que ce sacrifice était effectué à la fin de l’automne, après que les récoltes aient été faites et que les animaux aient été engraissés.

Par ailleurs, les philologues scandinaves Gro Steinsland et Preben Meulengracht affirment que c’était une célébration qui avait lieu dans le bâtiment principal des fermes et c’est normalement la maîtresse de la maison qui présidait l’événement. Aucun autre détail n’est resté puisque la célébration était entourée d’une aura de mystère et les étrangers n’étaient pas les bienvenus.

Un exemple notable est cité dans les Austrfararvísur (un poème du 11e siècle). Le scalde islandais Sigvatr Þórðarson avait été envoyé en mission diplomatique en Västergötland (une ancienne province du Sud-Ouest de la Suède) à qui à plusieurs reprises ont refusa l’hospitalité pour la nuit parce qu’un sacrifice aux Álfar avait lieu.

Selon Steinsland et Meulengracht, puisque les Álfar étaient des puissances étroitement liées aux ancêtres et à la fertilité, il est possible qu’Álfablót concerne le culte de la force vitale familiale. Il semblerait aussi que le dieu Óðinn soit impliqué dans ce sacrifice et que le maître de la maison porte le titre d’Ölvir, dont le préfixe signifie « bière » en langue norroise.

Une autre source, Kormáks saga, où on explique comment les sacrifices étaient faits aux Álfar, notamment pour soigner une blessure suite à un combat. On cite que Steingerd, la fille de Þórrkel, pansa les blessures de Þórrvard qui ne guérissait pas assez rapidement. Ce dernier demanda à la jeune femme quel était le meilleur moyen d’aider à la guérison. Il y a une colline, répondit-elle. Non loin d’ici, où des Álfar habitent. Maintenant, prends le bœuf que Cormac a tué, et rougis cette colline avec son sang, et fais un banquet en l’honneur des Álfar avec sa chair. Ainsi, tu seras guéri.

Terry Gunnell, directeur du département d’anthropologie sociale à l’université d’Islande, soutient que les Álfar seraient une race divine apparue en Scandinavie avant l’arrivée des Européens.

Il affirme aussi que ce sont des créatures bien distinctes des Æsir et des Vanir. Ils seraient l’équivalent masculin des Dísir et habiteraient dans les rochers et les collines. Ils sembleraient être associés au culte des ancêtres et des tombes. Selon Gunnell, les Álfar nous ressemblent et vivent comme nous.

Cette croyance est ancrée à tel point que même l’administration islandaise joue le jeu. Ainsi, détourner une route en construction pour éviter de détruire la maison d’un Álf n’a rien d’extraordinaire en Islande. Victor Ingolfsson est le porte-parole de l’administration islandaise des travaux publics. Lui-même ne croit pas aux Álfar… mais confirme que les Álfar sont pris sérieusement en considération lorsque l’on discute le tracé d’une route : C’est vrai, nous devons tenir compte des Álfar et du peuple caché. Cela fait en quelque sorte partie de notre travail de relations publiques. Nous connaissons des cas qui se sont produits ces quarante dernières années, où des gens sont venus nous voir parce qu’ils n‘étaient pas d’accord avec une route que nous étions en train de construire, parce qu’ils pensaient que des Álfar ou d’autres créatures du peuple caché vivaient à cet endroit !

Le journaliste français Carl Honoré rapporte qu’en 2004, une équipe était en train de construire un parcours de golf en banlieue de Reykjavík en Islande et qu’on déplaça un rocher sensé être habité par des Álfar. Peu après, les bulldozers tombèrent en panne et des travailleurs subirent des blessures inexplicables. L’ingénieur en chef plia devant tous les journalistes attentifs. Il adressa ses sincères excuses aux Álfar et promit de les laisser tranquille pour de bon. Tout rentra dans l’ordre et le parcours de golf fût terminé à temps.

Voici trois strophes des Hávamál qui mentionnent les Álfar :

– 144 –

Óðinn pour les Ases, Daïn pour les Elfes.

Dvalin pour les nains

Alsvid pour les géants, mais pour les Hommes,

J’en gravais moi-même plusieurs.

– 160 –

J’en connais un quatorzième [charme] que peu connaissent

Si je le conte devant une assemblée

J’énumère les géants, les Ases et les Elfes,

Un individu ignorant ne pourrait le faire

– 161 –

J’en connais un quinzième [charme]

Que chantait Thjodrerir (le paisible)

Le Nain, devant la porte de Delling

Il donna force aux Ases, triomphe aux elfes

Et le discernement à Hropt.

La période de la mi-septembre à la mi-octobre demeure un temps fort de l’année, à l’époque viking. C’est la période où on se prépare à passer les longs mois d’hiver, sur le plan alimentaire. On compte et rassemble les troupeaux. Les gens qui ont passé leur été à la montagne, dans le sel, l’équivalent de notre chalet, rentrent à la ferme. C’est la période où la pêche bat son plein et qu’on fait sécher la morue sur des échafauds en forme de V inversé. On stocke les vivres pour l’hiver ainsi que le bois de chauffage. On prépare la maison avant les chutes de neige : calfeutrage des murs et des fenêtres, isolation du plancher et du plafond. La bière est brassée en abondance et elle est fin prête pour être bue lors des festivités de la fin octobre.

Selon Régis Boyer, les vetrnætr désignaient les toutes premières nuits pendant lesquelles commençait officiellement l’hiver, en Scandinavie, pendant la période viking. Ces nuits d’hiver se célébraient croit-on, vers la fin du mois d’octobre et possédaient une valeur juridique.

Les sources littéraires ne s’accordent pas à quelles dates tombaient précisément ces célébrations. La saga des gens du Val-au-Saumon affirme que la saison estivale se terminait le mercredi entre le 7 et le 13 octobre de l’année en cours, que l’hiver commençait le samedi suivant et que le jeudi et le vendredi précédant se nommaient les vetrnætr.

Par ailleurs, la saga de Gísli Súrsson affirme que les nuits d’hivers avaient lieu le 24, 25 et 26 octobre de l’année en cours, ce qui vient contredire en partie la première affirmation. Une troisième source littéraire nommée la saga des chefs du Val-au-lac mentionne que les premières nuits d’hiver se passaient le 23, 24 et 25 octobre de l’année en cours. Quoiqu’il en soit, toutes les sources littéraires concordent en affirmant que les premières nuits d’hiver se passaient vers la fin du mois d’octobre. C’est à cette période de l’année que l’on célèbre les noces et qu’on établit des ententes décisives. Il relève de la politesse la plus élémentaire de retourner une invitation lorsqu’on assiste à une fête.

DÍSARBLÓT

Nous ne sommes pas certains à quel moment s’exécutait le DísÞing. Éric Oxenstierna explique qu’il existerait deux célébrations distinctes précisément nommées DísÞing, soit une fête célébrée annuellement à chaque printemps et une autre fête portant le même nom poursuivant les mêmes objectifs, mais qui prendrait place à tous les neufs ans.

Éric Oxenstierna cite Adam de Brême en affirmant que cette fête était célébrée à tous les neuf ans et prenait place dans toute la Suède. Tout le monde se devait d’y assister et les gens du peuple qui s’étaient nouvellement convertis au christianisme devaient payer un droit d’en être dispensé. Il explique aussi qu’on présentait neuf créatures mâles de chaque classe, dont le sang devait, selon l’usage, rendre les dieux favorables. Les corps étaient pendus aux arbres dans le bois sacré d’Uppsala et on les laissait se décomposer. On dit que ce sacrifice avait lieu fin février, début mars.

On célébrait les esprits féminins et les divinités féminines de tous types : Ásynjur, valkyrjur, nornir, fylgjur et hamingjur. Pour expliquer brièvement la différence entre ces êtres spirituels féminins, il faut comprendre que la plupart de ces créatures avaient une fonction bien précise dans l’imaginaire germanique ancien :

  • Les Ásynjur étaient vénérées par-dessus tous les autres esprits féminins. Ce sont les déesses de la mythologie germanique soient Freyja et Frigg principalement.
  • Les valkyrjur étaient les messagères d’Óðinn et il était rare de les rencontrer. On disait cependant de ne jamais regarder au ciel lors d’un combat de peur d’attirer leur attention puisqu’elles devaient choisir les guerriers qui devaient mourir sur les champs de bataille.
  • Les nornir sont les esprits du destin qui tracent la vie et accompagnent chaque individu dès leur naissance. Lorsqu’une femme met un enfant au monde, son premier repas après l’accouchement doit être un gruau consacré au nornir, soit un nornagrautur. Ces créatures se comparent d’assez près aux fameuses fées marraines de nos contes d’enfants.
  • Les fylgjur sont des êtres prenant une forme animale et sont voués à protéger et attirer la chance chez chaque individu le long de son existence. Si on rencontre une fylgja, cela présage une mort imminente de l’individu en question.
  • Les hamingjur sont dédiées à protéger et apporter la chance sur une famille et prennent l’aspect d’une femme gigantesque représentant la première femme d’une lignée familiale.

Ostara est aussi un nom que l’on donne à la fête du printemps. Arnaud d’Apremont affirme qu’Ostara est le premier jour du printemps, aux alentours du 21 mars. Ostara (ou Austara) provient d’un ancien mot haut allemand signifiant aurore associé à l’Est, le point cardinal où le soleil se lève. Il s’apparente au mot Ostern et Osten signifiant respectivement Pâques (en tant que fête du printemps) et l’Est en haut allemand moderne.

Publicités