JÓL / MIĐRVETR

Régis Boyer reste clair : Jól était la fête du solstice d’hiver, la plus importante célébration de l’année. C’est d’abord une grande célébration de la fertilité, destinée à faire revenir le soleil fécondateur dont l’absence était si dure. Jól était une célébration pour une bonne année à venir et pour la paix, c’est-à-dire til árs ok friðar. Jól donnait lieu à de grands sacrifices aux Álfar pour favoriser la fertilité – fécondité.

La principale divinité honorée pendant le festival de Jól était Freyr, dieu de la fertilité et de la prospérité. Il était honoré à Jól dans l’espoir que son règne revienne, c’est d’ailleurs ce que soutient Vera Henriksen du ministère des affaires étrangères du royaume de Norvège.

Aujourd’hui, en Islande, c’est en date du 31 décembre que l’on allume d’immenses bûchers en plein air et qu’on lance des feux d’artifices pour aider le soleil à réchauffer la Terre… À Reykjavik, vers 21h, la veille du jour de l’an, on se réunit autour de ces grands feux pour chanter en attendant les douze coups de minuit.

Jól permettait aux gens de participer à de joyeux banquets qu’on nommait Jólveizla. On y préparait un náttverð composé d’un Jólskinka (jambon de porc ou de sanglier spécialement préparé), d’un grautr (gruau d’orge aux poireaux et aux légumes racines). On y mangeait du pain sans levain au seigle et à l’orge (comparable au knäckebröd suédois et au flatbrød norvégien).

On y buvait une bière spécialement brassée nommée Jólaöl (bière de Jól). L’ivresse de la part des convives passait pour un compliment et le refus de boire de l’alcool constituait une insulte à l’hôte. Régis Boyer affirme que la veille de la fête, on préparait la table de Jól dans la grande salle de la ferme, qui était garnie pendant les douze nuits de festivités pour les invités invisibles : les divinités et les morts.

On faisait un Álfablót, c’est-à-dire un sacrifice aux elfes lumineux, fidèles sujets de Freyr, dieu de la prospérité. Snorri Sturlusson disait que les elfes lumineux étaient plus beaux que le soleil et habitaient Ljösálfheimr. On suppose qu’ils étaient des divinités mineures associées à la prospérité et à la fécondité. L’animal sacrifié était le plus souvent un porc ou un sanglier, symbole par excellence du dieu Freyr. L’animal était engraissé dans le tún, petit pré clos de valeur sacrée où pousse le túntre, arbre sacré associé à la famille et représentant l’arbre Yggdrasil. Régis Boyer déclare qu’on enduisait ensuite l’animal de poudre dorée pour que ses soies semblent d’or.

Le comte Éric Oxenstierna, dans son ouvrage sur les vikings, nous explique que le second jour de Jól était entièrement consacré aux chevaux puisqu’on y exécutait des courses effrénées jusqu’à une source d’eau sacrée où l’on faisait boire le cheval vainqueur dans la source, au-dessus des pièces de monnaie offertes aux divinités.

Il existe un chant traditionnel en Norvège que la húsfreyja, la dame de la maison, doit réciter la veille du jour de l’an :

Laissez ceux qui veulent arriver !

Laissez ceux qui veulent partir !

Laissez ceux qui veulent rester !

Sans qu’aucun tord ne me soit causé ni aux miens !

On faisait des Jólaleikar (des jeux de Jól) en dansant, en jouant au mannjafnaðr (des joutes de comparaison sur la personne), au skáktafl (jeu d’échecs), au hlútfall (jeu de dés) et en participant à des joutes sportives comme le patin, la luge, le ski, la natation, le tir à l’arc, la glíma (lutte islandaise) et le knattleikr (sorte de base-ball sur glace très violent). On assistait aussi à des combats de chevaux forts appréciés.

La plus importante tradition de Jól demeure cependant dans la coutume des heitstrengning, des serments solennels. On y récite une invocation et on prête des serments sur l’anneau du dieu Ullr pour la nouvelle année. Cela n’est pas sans rappeler notre coutume des résolutions personnelles pour la nouvelle année.

Lors des grandes fêtes en Scandinavie, on échangeait des Jólagjöf, des cadeaux entre invités toujours à la fin des festivités. Offrir un cadeau à quelqu’un était une pratique courante chez les nobles et chez les hommes libres. Cette coutume servait surtout à renforcer les liens d’amitié et de confiance établis entre les membres d’une communauté humaine. Ces cadeaux prenaient souvent la forme de bijoux, de richesse ou bien d’armement. On peut d’ailleurs constater un exemple dans la Saga de Njáll le Brûlé où Gunnar reçoit un bracelet d’or du jarl Hákon à Thrándheimr.

Les sagas islandaises relatent assez bien les célébrations à l’occasion de Jól. Dans la saga de Grettir, deux fermiers de Norvège boivent à l’occasion de Jól. Autrement, dans la saga de Snorri le goði, la grande quantité de bière que les convives apportent juste avant les célébrations de Jól est un fait qui semble tellement normal pour l’époque qu’elle ne nécessite aucune explication.

La période de Jól, nommée Jólafriðr, était évidemment considérée comme sacrée ainsi, aucune guerre ne devait se tenir. Les contrevenants qui violaient cette période de non-agression devaient sans doute payer une amende ou bien même s’exiler, ce qui fût le cas d’Eiríkr le Rouge, chassé d’Islande pour meurtre.