Le fulltrúi

Le même ami pour qui j’ai écrit sur la pratique au quotidien m’a demandé s’il était possible de se rapprocher d’une ou plusieurs divinités en particulier. Il sera heureux d’apprendre que je lui répondrai par l’affirmative.

Se rapprocher d’un dieu ne se décline pas d’une seule et unique façon. Il n’y a aucun parcours pareil. Ce peut être aisé, mais long ou difficile, mais rapide. Certains en ressentent le besoin, d’autres non. C’est la beauté du paganisme, il n’y a pas de dogme !

Si vous cherchez à vous rapprocher d’une divinité précise, normalement vous allez le faire d’une façon intuitive, c’est-à-dire que sans y réfléchir ni même le vouloir, vous allez vous identifier à cette dite divinité. Lorsque j’étais plus jeune, je souhaitais vénérer Odin par-dessus tout. Je portais le même genre de vêtements, je buvais ce qu’il buvait, je faisais le même genre de mimiques. Donc, je portais un grand manteau bleu, je buvais du vin et je fermais souvent l’œil gauche… Ce n’était pas volontaire, au contraire c’était plus fort que moi. Encore une fois, c’est mon histoire et non nécessairement la vôtre !

Dans les sagas, lorsqu’un chef de famille voulait offrir son existence à une divinité précise, il prenait un titre religieux associé à cette divinité. Par exemple, Snorri voulut consacrer sa vie à Odin, il prît le titre d’Odinnsgoði. Arni voulut consacrer sa vie à Freyr, il prît le titre de Freysgoði, ainsi de suite. C’est ce que j’ai fait d’ailleurs. Comme je vous l’ai spécifié plus tôt, plus jeune je me sentais attiré par Odin et aujourd’hui, je me sens plus attiré par Freyr, dieu Vanir de la fertilité et de la paix. Je trouve que Freyr constitue le dieu par le excellence de notre religion, puisque le but suprême de notre spiritualité est de promouvoir la paix et la fertilité.

Je tiens cependant à préciser que je ne prône aucunement le monothéisme. Je ne fais qu’honorer un dieu un peu plus que les autres. Je crois que c’est ainsi qu’il faut voir les choses et non comme une volonté de vénérer un dieu unique. Freyr est donc mon fulltrúi soit le dieu en qui j’accorde toute ma confiance. Le fulltrúi est une expression chère aux prières en Islande médiévale.

Comme je le précisais plus tôt, se rapprocher d’une divinité précise se fait surtout de façon involontaire et intuitive. Je rajouterais que la divinité qui vous interpelle correspond assez bien à votre personnalité… Si vous êtes un militaire, vous choisirez normalement Odin. Si vous êtes cultivateur ou éleveur de bétail, vous choisirez sans doute Thor. Si vous êtes musicien, vous choisirez Bragi. Si vous êtes en politique, ce sera Tyr. Ainsi de suite.

Des tribus, voire des nations entières ont consacré leur existence à des divinités spécifiques. C’est le cas des Goths, dont l’ethnonyme vient du nom Gautr qui est un des surnoms d’Odin, qui vénéraient ce dieu par-dessus tout. C’est le cas aussi des Suédois qui vénéraient Freyja par-dessus tout. L’historien romain Tacite disait que les Germains continentaux (les ancêtres des Allemands) vouaient un culte tout particulier à Nerthus, l’équivalent de Njörðr chez les Scandinaves, ainsi de suite.

Et faites les offrandes que votre fulltrúi aime recevoir : Odin, du vin ; Thor, des végétaux, de la bière ; Freyja, des fleurs ; Frigga, des bijoux ; Bragi, des poèmes, des chants, etc.

En résumé, que vous soyez un pratiquant solitaire, en petit groupe ou en groupe plus important, laissez-vous guider par votre instinct. Votre fulltrúi n’attend que vous fassiez les premiers pas.

Publicités