LE BRUÐKAUP – LE MARIAGE

Le mariage en Scandinavie païenne demeure peu représenté dans la littérature médiévale. Seulement trois apparitions majeures dans l’Edda poétique restent dignes d’intérêt.

La plus importante reste le mariage de Sigurdrífa et Sigurd ou plus communément connue grâce au magnifique opéra de Richard Wagner, l’Anneau de Nibelungen avec les personnages de Brünhild et Siegfried. Dans la Sigrdrífumál (la ballade du porteur de la victoire), on mentionne l’utilisation d’un cercle de feu et d’une corne à boire remplie d’hydromel que la mariée remet à son époux.

Par la suite, il y a le mariage d’Óðinn et de Gunnlöð dans les Hávamál où on assiste aux festivités et à la consommation de l’hydromel sacré par trois gorgées. Finalement, il y a le mariage de Freyr et de Gerðr dans la Skírnismál (la ballade de Skirnir), qui mentionne le même cercle de feu.

Selon Bernard Marillier, le mariage païen en Scandinavie était considéré avant tout comme un marché, une affaire, une enchère. L’alliance entre deux individus suite à un mariage restait toujours célébrée dans un seul et unique but : enrichir sa propre famille au niveau social, politique et économique. Les sentiments amoureux passaient en seconde place et le mariage en tant que tel était arrangé d’avance par les parents des deux familles pendant l’AlÞing estival. Certes, la promise avait tout de même le droit de refuser de se marier avec l’homme que ses parents avaient choisi pour elle.

Il existe deux types de fiançailles ayant valeur légale en Scandinavie païenne. Le premier reste la heitkona (la femme promise en islandais moderne), c’est-à-dire la fiancée qui était placée en réserve pour une période de trois ans. C’était en quelques sortes un mariage à l’essai… Il y a par la suite la festarkona, (la femme fixée en islandais moderne) c’est-à-dire la fiancée que l’on jugeait davantage apte à faire une épouse valable et avec laquelle l’homme avait l’obligation de se marier à l’intérieur d’une année. À noter que les enfants conçus entre les fiançailles et le mariage proprement dit étaient considérés comme légitimes.

La veille du mariage, les futurs époux devaient prendre chacun un bain lustral de type sauna finlandais dans le but de se débarrasser de leur ancienne condition de célibataire. En ce sens, le mariage en Scandinavie païenne se présentait comme une initiation personnelle, c’est-à-dire une cérémonie permettant d’accéder à un nouveau statut.

Le bain de la future épouse devait être composé d’huiles essentielles, d’herbes et de fleurs. La future mariée était par la suite instruite sur la vie d’une bonne épouse par des gyðjur qui lui tenaient compagnie comme dans la Sigrdrífumál (la ballade du porteur de la victoire).

On la débarrassait de son diadème doré. Ce bijou devait être remis à la prochaine fille à naître dans la famille, probablement à la suite d’une cérémonie de skapraun (littéralement l’épreuve du tempérament), c’est-à-dire l’initiation des jeunes gens.

L’homme de son côté, passait la soirée avec des assistants : son père et ses frères mariés, donc tous des goðar. Il prenait lui aussi un bain lustral de type sauna finlandais. Un membre de sa famille devait se costumer en aptrgangr, soit un « mort qui marche » pour interroger le futur mari sur l’histoire de sa famille et si les réponses étaient positives, ce dernier se méritait l’épée de ses ancêtres qu’il devait amener à la cérémonie du mariage et la remettre à sa future épouse. De plus, le futur mari était chargé de transporter le marteau de Þórr.

La cérémonie avait toujours lieu un vendredi, Frjádagr en langue norroise soit, le jour de Freyja, déesse de l’amour et de la fertilité. De plus, le mariage avait lieu préférablement en automne, après l’AlÞing, puisque cette saison est bien connue pour être sans cesse ponctuée de banquets et de festivités.

Les invités assistaient au brúðkaup en nombre égal de la part des deux familles et le père de la mariée servait habituellement de goði. Adam de Brême affirme que le brúðkaup était dédié à Frigg tandis que Saxo Grammaticus affirme que cette cérémonie était dédiée à Freyja.

La future épouse devait entrer dans le vafurlogi en étant précédée d’un jeune homme qui transporte le cadeau de son futur mari : l’épée de ses ancêtres.

Les sagas islandaises racontent que deux vaches dont les cornes étaient peintes de couleur dorée devaient être amenées sur le lieu de la cérémonie. De plus, la cérémonie devait avoir lieu près d’un arbre ou d’une étendue d’eau. Un vafurlogi, soit un cercle enflammé devait entourer les participants de la cérémonie.

Le blót en question était constitué d’un hlautbolli rempli de sang sacrificiel que le goði plaçait sur le hörgr, un autel de pierre en plein air. Aujourd’hui, rares sont ceux qui utilisent du sang animal. Nous aspergeons plutôt les participants avec de l’hydromel (idéalement mêlé avec de l’eau, pour éviter qu’il colle sur la peau et les vêtements) et une branche sempervirente.

Un exemple de célébration est offert par l’Ásatrúarfélagið d’Islande :

Je nomme tous ceux qui sont présents ici comme témoins des actes justes que je vais poser, donc aidez-moi Freyr et Njörðr et le Tout-Puissant. Salut au jour, salut aux fils du jour, salut à la nuit et le regard bienveillant de ses filles qui nous garantit la victoire. Salut dieux, salut déesses, salut Terre généreuse, donnez-nous sagesse et des mains remplies de grâce, à nous gens glorieux, tant que nous vivrons !

Le goði convoque les futurs mariés et les invités pour faire leur une annonce importante :

Il y a un frêne que je connais du nom d’Yggdrasil, avec ses grandes branches scintillantes et sa rosée brillante qui s’écoule dans une vallée verdoyante. Il se tient au-dessus de la fontaine de vie ! Trois femmes au savoir immense se tiennent au bord de ce puits sacré : la première connaît tout du passé, la seconde connaît tout du présent, la troisième voit se qui devrait arriver. Elles régissent le destin et choisissent une vie pour chaque homme.

Je consacre cette assemblée au nom de Frigg, protectrice du foyer et du mariage ! Je consacre cette assemblée au nom de Freyja, déesse de l’amour et de la fertilité. Je consacre cette assemblée au nom de Vár, protectrice des serments commis entre les femmes et les hommes !

Le goði se tourne vers le futur marié et dit :

Jeune et solitaire sur le long chemin,
Jadis je perdis mon chemin :
Riche je devins lorsque j’en rencontrais une femme ;
La femme fait la joie de l’homme.

Le futur époux prend la parole et dit :

J’en appelle à tous ici présents de témoigner que moi, X, je prenne cette femme, X, comme épouse et que je comprenne totalement la solennité et la responsabilité de ma décision.

Le goði se tourne vers la future mariée et dit :

Un pin sur une colline aride stagne
N’ayant ni écorces ni aiguilles pour se défendre,
Il en est de même pour la femme sans compagnon :
Comment pourrait-elle vivre longtemps ?

La future mariée répond :

J’en appelle à tous ici présents de témoigner que moi, X, je prenne cette homme, X, comme époux et que je comprenne totalement la solennité et la responsabilité de ma décision.

Le goði adresse la parole à la future mariée :

Prends cette corne pleine d’hydromel sacré pour sceller les vœux que tu as prononcés !

La future mariée répond :

Je verse cette corne au nom de Frigg, protectrice du foyer et du mariage ! Je verse cette corne au nom de Freyja, déesse de l’amour et de la fertilité ! Je verse cette corne au nom de Vár, protectrice des serments perpétrés entre les femmes et les hommes !

L’épouse devait verser de l’hydromel à son mari pour la première fois et pendant que ce dernier boit, elle récite :

Cet hydromel je t’apporte, Chêne-de-bataille,
Mêlé de force et de puissante gloire;
Des charmes il contient et des signes guérisseurs
De très bons sortilèges et des runes joyeuses

Le futur mari réplique :

Je bois cette corne au nom de Þórr, protecteur de l’humanité ! Je bois cette corne au nom de Freyja, déesse de l’amour et de la fertilité ! Je bois cette corne au nom de Frigg, protectrice du foyer et du mariage !

Ainsi, le futur mari boit par trois fois et donne la corne à sa future épouse en poursuivant :

Longue est la nuit !
Encore plus longues sont deux nuits !
Comment pourrais-je survivre à trois nuits ?
Un mois semble aussi long que de passer cette nuit.

Le goði termine en disant : placez vos mains sur l’anneau ! Au nom de Vár, je vous proclame mari et femme !

C’est ici que la femme reçoit la couronne nuptiale, que les anneaux sont échangés, ainsi que la dot et le douaire. Le banquet devait commencer par la brúðlaup, c’est-à-dire littéralement la course de la mariée. Cette étape consistait à ce que tous les membres des deux familles arrivent à la halle du banquet avant les membres de l’autre famille. Les perdants devaient servir la bière aux vainqueurs la soirée entière.

Le mari attend son épouse à la porte du banquet en lui bloquant le passage avec son épée nouvellement acquise. Il se devait alors d’escorter sa nouvelle épouse jusqu’à l’intérieur de la halle en traversant le stokkr, soit le seuil sacré de la porte. Si son épouse trébuchait, cela était perçu comme un signe d’extrême malchance pour le couple nouvellement marié.

Une fois le couple entré dans la halle du banquet, le mari devait exécuter un petit exercice rituel qu’on nommait le barnstokkr, c’est-à-dire qu’il devait planter son épée dans le seuil sacré et plus son épée s’enfonçait dans le bois, plus cela témoignait de sa virilité.

Les festivités devaient durer au minimum trois jours. Les distances entre les fermes étaient considérables ainsi, les invités ne pouvaient pas se déplacer pour une seule soirée.

On dit que les nouveaux mariés devaient boire de l’hydromel pour les quatre semaines suivant le mariage. C’est ce qu’on appelle la Lune de miel puisque la durée d’une lunaison est d’environ quatre semaines. Le mari bénit alors les organes reproducteurs de son épouse en plaçant le marteau de Þórr sous son tablier et récite la prière suivante :

J’apporte ce marteau pour sanctifier la mariée !
Sous le tablier de cette vierge, je dépose Mjölnir !
Au nom de Vár que notre mariage soit consacré !

Les époux doivent être conduits au lit nuptial devant six témoins (probablement trois témoins de chaque famille) portant des torches. Lorsque les témoins ont quitté la chambre nuptiale, le mari enlève lui-même la couronne nuptiale à sa nouvelle épouse. La chambre nuptiale doit être décorée d’une plaque murale représentant le dieu Freyr s’accouplant avec la plus belle des géantes des montagnes, Gerðr. Cette plaque dorée sert notamment à stimuler le désir sexuel aux nouveaux mariés.

Le lendemain matin, l’épouse porte désormais un hústrulinet et reçoit en héritage les clés de la maison, ainsi que le morgingjöf.

LES OBJETS ESSENTIELS AU BRÚÐKAUP

  • Le formulaire rempli pour désigner à titre de célébrant d’un mariage civil ou une union civile du Ministère de la justice du Québec
  • Un trousseau de clés symbolisant l’autorité et le prestige de l’épouse
  • Un douaire
  • Une dot
  • Un cadeau à la mariée le lendemain du mariage (morgingjöf)
  • L’épée ancestrale du futur mari
  • Un bonnet de fin lin blanc appelé hústrulinet, symbole de la femme mariée
  • Un diadème doré symbolisant la femme célibataire
  • Une couronne nuptiale portée par la femme mariée jusqu’à sa nuit de noces