VEITA NÁBJARGIR – LES FUNÉRAILLES

Ces informations proviennent des commentaires d’Ibn Fadlan, secrétaire de l’ambassade d’un calife de Bagdad en 921. Ce dernier décrit les funérailles d’un chef suédois de la moyenne Volga, en Russie.

Une somme d’argent est récoltée chez la famille du défunt et est divisée en trois tiers. La première part est donnée à la famille du défunt, la seconde part est donnée pour acheter l’hydromel et la troisième part est réservée pour acheter des habits au défunt.

Le diplomate arabe nous renseigne que les célébrations et les libations se poursuivent pendant dix jours. Il y a de la musique et des rapports sexuels. Parfois, un des invités meurt d’avoir trop pris d’alcool.

Les membres de la famille du défunt demandent aux esclaves : qui va donc mourir avec lui ? La personne qui répond affirmativement ne peut pas revenir sur sa décision. La personne qui est sacrifiée est prise en charge par deux femmes qui l’accompagnent partout et la surveillent. La personne sacrifiée s’adonne donc à la boisson et au plaisir à tous les jours, jusqu’au moment fatidique.

Le navire du mort est hissé sur terre et préparé sur la rive. Ensuite, on place une couche et des tapisseries de Byzance sur le pont du bateau. Une vieille femme qu’on appelle « l’ange de la mort » prépare le cercueil et embaume le mort.

Le cadavre est habillé et des animaux sont sacrifiés et placés à côté : un chien, deux chevaux, deux vaches, une poule et un jeune coq.

Ensuite, la condamnée se rend dans dix tentes et a des rapports sexuels avec les seigneurs en place. Les seigneurs lui disent à tour de rôle : tu diras à ton maître que j’ai fait ça par amour pour lui !

Le jour des obsèques, qui tombe un vendredi, la jeune femme est amené sur le navire et soulevée de terre trois fois, disant : Écoutez, je vois mon père et ma mère. Je vois tous mes parents morts, assis. Je vois mon maître assis au Paradis et le Paradis est splendide et vert. Des hommes et de jeunes garçons sont avec lui. Il m’a appelé. Laissez-moi le rejoindre !

Lorsque la jeune femme est finalement amenée dans la cabine du navire où repose le mort, six hommes descendent avec elle et ont des rapports sexuels avec elle. Pendant ce temps, les hommes massés au dehors font le bruit le plus assourdissant qu’il soit en frappant sur leur bouclier. Le but de cette cacophonie est de couvrir les cris de la jeune femme condamnée afin que les autres femmes ne soient pas effrayées de mourir avec leur maître. Après leur coït rituel, les six hommes placent la jeune femme, vraisemblablement en état d’ivresse, près du cadavre de son maître.

C’est à ce moment que la vieille femme sinistre nommée « l’ange de la mort » réapparaît. Deux hommes tiennent les pieds de la condamnée et « l’ange de la mort » enroule une corde autour du cou de la jeune femme et deux autres hommes parmi les six présents tiennent les extrémités du câble.

Ensuite, la sorcière plonge un large poignard entre les côtes de la jeune femme jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Pour finir, le plus proche parent du défunt, tournant le dos au navire l’allume tout en tentant de cacher son anus de son autre main. Sur les cendres du brasier, les Suédois plantent un bouleau et gravent le nom du roi et de la défunte sur le tronc de l’arbre.

D’autres parts, Régis Boyer rappelle quelques rites intéressants, déjà entrevus à d’autres fins : dès qu’il a rendu son dernier souffle, on ferme les yeux et la bouche du mort, cela s’appelle veita nábjargir, soit rendre les derniers soins au cadavre. On commence par lui laver le corps, on lui peigne les cheveux, on pose sa dépouille sur un lit de paille nommé líkstrá. Ensuite, on lui bouche les narines avec de la cire d’abeille et on lui coupe les ongles pour retarder la construction de Naglfar, le navire fait avec les ongles des morts qui servira à Loki lors du Ragnarök. On enfile des chaussures nommées Helskór (des chaussures mortuaires associées à Hel) aux pieds du cadavre. Finalement, on inhume le cadavre ou on l’incinère. Si incinération il y a, on brûle le mort et ses affaires et, souvent son chien…

Une autre tradition associée à une croyance est de sortir le cadavre d’une maison en creusant un trou dans le mur et non par la porte… On rebouche ensuite le trou, ainsi si le mort revient hanter les vivants, il n’entrera pas par la porte, mais ira frapper sur les murs extérieurs de la maison…