Les fêtes du paganisme germanique

 

Avant de s’attaquer à l’épineuse question des fêtes païennes dans le monde germanique, il est souhaitable de dresser les bases de ce dit calendrier. L’exercice reste d’une complexité décourageante en raison des sources falsifiées, dont la mythologie nordique notamment. C’est aussi le cas des sagas qui ont été écrites trois ou quatre siècles après les dits événements, par des moines chrétiens.

Je me pose souvent la question s’il ne serait pas souhaitable qu’on admette une fois pour toutes qu’il n’existe pas qu’un seul paganisme germanique, mais bien des paganismes germaniques en fonction des lieux et des époques, puisque le paganisme dit germanique pratiqué au 5e siècle de notre ère en Germanie (l’actuelle Allemagne) se distingue, notamment par son culte voué à d’anciennes divinités (c’est le cas de Nerthus) du paganisme pratiqué à la veille du 20e siècle dans les campagnes suédoises, notamment dans le parc national de Tividen, à 140 km à l’Ouest de Stockholm. La preuve vivante est la diversité des manifestations régionales dans le monde actuel, par exemple le paganisme franc, anglo-saxon, islandais, teutonique, helvétique, pennsylvanien (en raison des descendants allemands établis en Pennsylvanie), etc.

L’historien romain Tacite est le premier a avoir écrit sur les Germains continentaux de son époque (c’est-à-dire les Allemands d’aujourd’hui) et affirme que ces derniers célébraient seulement trois saisons, soit le printemps, l’été et l’hiver.

Au tournant de l’an mil, soit près d’un millénaire plus tard,  le poète islandais Sigvatr Þórðarson, dans son Austrfararvísur, nous parle d’Álfablót, exécuté à la fin de l’automne…

Vers 1075, Adam de Brême dans sa Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum affirme que Dísablót est observé à la fin février, début mars.

Snorri Sturluson, est clair (quoique ses affirmations ne coïncident pas tout à fait avec celles de Tacite douze siècles plutôt) dans la Saga des Ynglinga écrite vers 1225 : Þá skyldi blóta í móti vetri til árs, en at miðjum vetri blóta til gróðrar, hit þriðja at sumri, þat var sigrblót ; c’est-à-dire qu’il doit y avoir un sacrifice au début de l’hiver pour une bonne année, au milieu de l’hiver pour des bonnes récoltes et un troisième pendant l’été pour la victoire. Dans cette même saga, Snorri nous parle aussi de haustblót, soit un sacrifice automnal… Peut-on croire à une évolution du calendrier rituel germanique ? Nous n’obtiendrons  probablement jamais de réponse officielle. 

Ce ne fut pas facile, car j’ai étudié les fêtes germaniques, de sources françaises, latines, allemandes et norvégiennes, pendant trente ans, et même encore je ne suis pas certains de mes affirmations. Tentons malgré tout de dresser une nomenclature des fêtes du paganisme germanique, en ordre chronologique :

  1. Snorri parle de Sigrblót, célébré pour la victoire, pendant l’été, sans précisions additionnelles.
  2. Snorri parle aussi de Haustblót célébré en automne, sans précisions additionnelles.
  3. Sigvatr Þórðarson parle d’Álfablót exécuté à la fin de l’automne, obligatoirement à l’intérieur, ce qui semble assez bien correspondre avec Haustblót ou Dísablót
  4. Snorri parle de Jól, exécuté au solstice d’hiver, ce qui semble clairement la distinguer des autres fêtes.
  5. La Orkneyinga saga parle de Þorrablót, célébrée entre la mi-janvier et la mi-février. 
  6. Adam de Brême parle de Dísablót célébré à la fin février ou début mars.

Le pratiquant d’aujourd’hui demeure libre d’inclure ou pas ces célébrations dans son calendrier, et je souhaite que cela reste ainsi pour de bon. Je ne suis ici que pour apporter une certaine objectivité sur la question.

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