La loi et l’ordre

Régis Boyer mentionne que le dieu du Þing par excellence était Týr, divinité associée directement au droit et à la loi, parfois présenté comme un des fils d’Oðinn. On n’a pas réussi à prouver si le Þing constituait une institution typiquement scandinave ou bien pangermanique, quoique des survivances de cette assemblée existent aujourd’hui ailleurs qu’en Scandinavie dont à Tynwald sur l’île de Man et en Écosse à Dingwall. Régis Boyer affirme tout de même que cette institution exista tout d’abord en Norvège, pour se répandre par la suite en Islande, à partir de 930, avec Úlfjótr, fondateur de l’AlÞing à Þingvellir.

La plupart des auteurs, dont Régis Boyer, s’entendent pour dire que cette assemblée possédait trois fonctions principales dont la plus importante était d’ordre législatif, lorsque les goðar siégeaient sur la lögrétta (l’assemblée des goðar) en plein air pour adopter, modifier ou supprimer les lois.

La seconde fonction était d’ordre juridique, une place occupée par un kviðr (le jury) de douze boendr (les propriétaires terriens) nommés par l’allsherjargoði (le goði suprême) car, c’est à ce moment qu’on pouvait porter plainte pour injustice, réclamer une bót (une compensation) et même imposer une féránsdórm (une amende) aux contrevenants.

D’autres sanctions résultant d’actes criminels graves pouvaient survenir : le fjörbaugsgarðr (le bannissement) ou le skóggangr (l’exil dans les bois, une pratique clairement d’origine norvégienne, car l’Islande n’avait pas de réelles forêts).

Il arrivait rarement qu’on accorde au plaignant de se faire justice lui-même en provoquant l’accusé en duel, ce qu’on appelle communément le hólmganga (littéralement, un duel à mort exécuté en combattant sur un îlot).

Finalement, le Þing agissait comme foire commerciale en offrant une multitude d’activités : les scaldes déclamaient des poèmes eddiques et scaldiques, on récitait des sagas qu’on venait de composer, on racontait nos voyages, on cédait des héritages, on vendait des biens, on exécutait des transactions commerciales de touts sortes, on concluait des mariages, on diffusait des nouvelles d’intérêt général, on dansait, on s’amusait à des divers sports et plus particulièrement le hestavig, les combats de chevaux.

Selon Jesse Byock, tous les Þing islandais étaient des skápÞing, c’est-à-dire qu’ils étaient régis par une procédure établie et qu’ils prenaient place régulièrement aux moments fixés par la loi et en des lieux prédéterminés. Il n’était pas nécessaire d’annoncer les dates de Þing, sauf pour le leiðÞing, l’assemblée automnale.

Seuls les hommes libres, c’est-à-dire les boendr et les goðar, avaient droit de parole aux Þing. La loi et le droit étaient les seules véritables autorités en Islande du 9e siècle qui ne connaissait pas de pouvoir exécutif ni de moyen coercitif.

Aux Þing, les décisions devaient être prises à l’unanimité. Il existait un Þing dans chaque district administratif et pour y assister, il fallait avoir payé le Þingfararkaup, autrement dit, l’achat du voyage au Þing.

Selon Jesse Byock, la fonction d’allsherjargoði constituait davantage un titre honorifique qu’un titre aux réels pouvoirs. L’allsherjargoði, le goði suprême, consacrait le Þing en exécutant un rituel religieux de circonstance sur lequel on est trop mal renseigné.

L’allsherjargoði concluait aussi le Þing en opérant une cérémonie de dissolution nommée vápnatak, peut-être un terme signifiant « la levée des armes », à rattacher au mot islandais moderne vopn, ou Þingslausn.

L’allsherjargoði plaçait aussi les goðar à l’intérieur de la lögrétta selon un ordre bien précis. Traditionnellement, celui qui occupait le poste d’allsherjargoði était l’homme qui possédait le goðorð héréditaire de Þórrstein Ingólfsson, le fils d’Ingólfr Arnarson, premier colonisateur de l’Islande en 874.

Le Þing de printemps, várÞing, était le plus important. Il se passait au mois de mai et pouvait durer une semaine. Trois boendr étaient responsables de chaque várÞing (et aussi du leiðÞing au mois d’août) et tous les Þingmenn étaient tenus d’y assister.

Le várÞing était divisé en deux parties : les premiers quatre jours étaient nommés le sóknarÞing (les cours d’accusation) et les trois derniers jours, les skuldaÞing (les cours de paiement).

L’AlÞing se passait pendant les deux dernières semaines de juin et prenait l’apparence d’une foire commerciale. C’était une réunion en plein air sur une sorte d’estrade disposés en trois bancs concentriques, nommée la lögrétta.

Tous les boendr étaient accompagnés de deux assistants, soient des goðorðsmenn (goðorðsmaðr au singulier). En 930, trente-six goðar siégeaient à la lögrétta. Le nombre passa à trente-neuf goðar en 965.

Les personnages importants construisaient des baraquements (búð) sur les lieux de l’AlÞing qu’ils recouvraient de tissu de burele vádmál, pendant l’assemblée. Les autres avaient des campements temporaires.

Le Þing estival suivait le sumarblót qui se déroulait à la mi-juin et qui était le rassemblement le plus important de l’année. Régis Boyer explique que le Þing (ou bien thing selon la graphie latine) est une des institutions typiques de la société islandaise et scandinave ancienne. C’était la réunion saisonnière des hommes libres pour débattre des questions d’intérêt commun, quelles soient d’ordre législatif, juridique, économique ou autre. Avec le bóndi et la famille, c’était l’une des trois assises de la société scandinave ancienne. S’y traitaient, de plus, toutes les affaires privées d’importance.

Le seul grand dignitaire de la lögrétta fût le « lecteur de la loi » c’est-à-dire le lögsögumaðr, élu président de la lögrétta (l’assemblée des goðar) pendant trois ans, où à chaque année il récitait par cœur un tiers de la loi, sur le lögberg (le mont de la loi). S’il avait un doute, il pouvait consulter cinq hommes versés dans la loi, nommés lögmenn (littéralement, des hommes de loi).

Lors du leið, on nommait ou renommait les Þingmenn si nécessaire. C’était davantage une assemblée qui prenait place au niveau local et n’avait pas l’ampleur de l’AlÞing. Sa fonction principale était de revoir les décisions prises lors de l’AlÞing.