LA PRATIQUE QUOTIDIENNE

Ce document a été rédigé par Marc Marette.

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Un proche ami m’a demandé un jour d’écrire sur la pratique au quotidien. Cet article lui est dédié en grande partie.

La pratique du paganisme germanique au quotidien est un sujet vaste et passionnant. Beaucoup de témoignages historiques nous renseignent sur les pratiques au jour le jour. Je laisserai les historiens comme Tacite, Saxo Grammaticus et Bède le Vénérable vous renseigner sur les faits du passé. Je me contenterai ici de vous expliquer ce qui se fait aujourd’hui, étape par étape, du plus simple au plus complexe. Je tiens cependant à mentionner que le paganisme germanique ne peut faire abstraction des éléments naturels et qu’un être humain se sentant complètement heureux dans un milieu hermétique à la nature relève à mon avis du non-sens. C’est pourquoi je ne traiterai pas de ce que certains appellent le « paganisme urbain ».

Pour ceux et celles qui débutent en la matière, la première étape serait de vous approprier votre demeure, que ce soit un appartement ou une maison, ainsi que votre jardin si vous en avez un. Pour se faire, je recommande d’utiliser une méthode attestée dans les sagas, notamment dans le Livre de la colonisation de l’Islande qui met en scène Ingólfur Arnarson qui prend possession de cette nouvelle terre. Ce dernier allume une torche, fait le tour des lieux et dit : je déclare ces lieux consacrés à Thor seulement ! Pas d’opérations de magie cérémonielle chères au mouvement nouvel âge, pas d’extravagance, pas de syncrétisme, c’est tout simple, du vrai paganisme propre aux peuples germaniques dont les Scandinaves ! Évidemment, à l’intérieur d’un bâtiment, pour des raisons de sécurité évidentes, je préconise l’utilisation de trois bougies blanches nouées par une ficelle ou une lanterne à bougie par exemple.

Certains pratiquants utilisent le rituel du marteau élaboré dans les années 1970 par le docteur Stephen Flowers, alias Edred Thorsson, un occultiste, médiéviste et philologue spécialiste des langues germaniques qui a fait ses études universitaires en Allemagne. On parle ici d’un rituel nouveau sans grande authenticité que je ne recommande pas d’utiliser par le pratiquant qui veut diriger une célébration qui se rapproche d’un rituel originel. J’ai moi-même utilisé le rituel du marteau dans le passé, par méconnaissance sur le sujet et je regrette profondément.

Pour la pratique en extérieur, si vous avez une chance, creusez un trou dans le jardin d’un diamètre maximal de 30 cm et d’environ un mètre de profondeur. Couvrez-le d’une planche ou dune tôle et servez-vous en comme puits sacrificiel. C’est ce que les sagas nomment un blótkelda. Il sert à déposer la majorité de vos offrandes d’origine végétale préférablement, mais aussi sous forme liquide… Et dire que notre monde moderne croit avoir inventé le compostage !

L’essentiel demeure cependant dans la fabrication d’un petit autel en bois ou en pierre, appelé horgr, que vous pourrez placer dans la maison. Le but ici est d’honorer vos ancêtres, donc une vieille planche de bois sur des briques, des photos de famille, un bol et une corne à boire feront amplement l’affaire. Si vous faites des offrandes, mettez tout dans le bol que vous avez placé sur votre horgr. À la fin de la journée, mettez tout dans votre blótkelda… Si c’est l’hiver et qu’il y a trop de neige dans le jardin, mettez tout dans un sac de plastique sur le balcon et attendez le printemps pour le vider dans le blótkelda.

Si vous avez un petit lopin de terre, vous pouvez concevoir un horgr à l’extérieur, dans un petit coin de jardin, mais cette fois-ci en l’honneur des landvættir, les esprits de la terre, ceux qui protègent votre propriété, votre potager, etc.

Si vous avez encore plus d’ambition, vous pouvez tracer un chemin d’un mètre de large avec des pierres de la grosseur de votre poing. Ce chemin part normalement de votre maison et mène à votre horgr à l’extérieur. Vous pouvez sculpter trois statues en bois des trois divinités qui se retrouvent normalement dans tous les temples voués au paganisme germanique jusqu’au 13e siècle environ : Thor, Odin et Freyr. Ces statues se placent normalement près du horgr.

Maintenant que tout est en place, repérez les éléments naturels particuliers : les gros arbres, les rochers, les souches, les crevasses, les ruisseaux, etc. Ces particularités naturelles sont, croit-on, des objets habités par les landvættir. À chaque fois que vous en avez l’occasion, versez-y un peu de bière, de vin ou d’hydromel ou déposez quelques fleurs…

Je sens votre scepticisme s’emparer de vous, car vous vous dites que l’auteur de cet article a perdu la raison, que les elfes ça n’existent pas, encore moins les fées ! Je suis celui qui a écrit cet article et je crois que vous êtes sincèrement intéressé par le paganisme germanique, alors la question n’est pas de prouver que ces créatures existent ou pas, mais de savoir si vous y croyez oui ou non. En ce qui me concerne, vous connaissez ma réponse, mais je vais élaborer malgré tout. Oui je crois en ces êtres invisibles ! J’ai été témoin de leur présence à quelques reprises. Ces faits ne sont pas des preuves scientifiques, mais elles sont un bon indice de leur existence. Un jour, je les ai appelé et le lendemain, d’étranges formes en forme de visages sont apparus sur le plancher de la salle où on a fait la célébration… Le pire dans tout cela, c’est que ma femme m’en a parlé avant que je ne lui dise !

Trève d’incrédulité, il y a d’autres façons de pratiquer le paganisme germanique au quotidien. Il est attesté que les Scandinaves exécutaient des danses avec les Álfar ou des gens du « peuple caché » dans les champs et les bois. Ce peuple caché se nomme huldufólk en langue norroise. Il est attesté aussi qu’ils laissaient de la nourriture et des bougies la veille du jour de l’an pour aider le huldufólk à trouver son chemin vers une prochaine maison… Après que la maîtresse de la maison, la húsfreyja, ait récité la prière suivante : laissez venir ceux qui doivent venir ! Laissez partir ceux qui doivent partir ! Laissez rester ceux qui veulent rester, sans qu’aucun mal ne soit causé ni à moi ni aux miens !

Autrement, je ne suis pas partisan d’une pratique excessive où tous les actes quotidiens sont régis par la religion. Certes, je considère la vie profane indissociable du sacré, mais je n’offre pas de boisson à tous les jours aux dieux, ni aux ancêtres. Car il est recommander de ne pas trop sacrifier… C’est écrit dans la strophe 145 des Hávamál.

Si vous voulez poursuivre votre pratique du paganisme germanique au quotidien, vous pouvez par exemple embellir votre jardin ou penser à des solutions pour réduire l’impact des activités humaines sur l’environnement. N’oublions pas que le paganisme germanique est une religion qui vénère aussi des êtres qui vivent dans la nature. Protéger l’environnement doit demeurer un souhait inévitable de tout pratiquant du paganisme germanique, sans que cela ne devienne le seul et unique but.

Marc Marette – Tous droits réservés © 2017