LES FEMMES DANS LE PAGANISME GERMANIQUE

Le paganisme germanique est souvent perçu comme un club social viriliste où les femmes s’y retrouvent dans l’unique but de servir la bière aux hommes… C’est effectivement l’image que les gens de l’uttangarðr ont de nos célébrations. Ils ne savent pas que la consommation d’alcool est un acte sacré. Le dieu Óðinn recommande toutefois de toujours en consommer avec modération. Autrefois, il était obligatoire de boire à la corne lors des célébrations, peu importe son sexe ou son âge. Les temps ont changé certes, mais le geste sacré demeure.

Or, nous croyons sincèrement que les femmes possèdent une valeur humaine égale à l’homme. Certes, elles peuvent jouer des rôles différents des hommes, mais nous croyons qu’elles méritent entièrement leur place dans nos sociétés humaines et dans le paganisme germanique.

Nous approuvons Judith Jesch de l’université de Nottingham au Royaume-Uni qui s’est penché sur le rôle de la húsfreyja (littéralement la « maîtresse de la maison ») dans la société viking. Il ne fait plus de doute aujourd’hui que la húsfreyja jouissait de prérogatives évidentes tant au niveau social, économique que religieux.

Judith Jesch explique que la húsfreyja était avant tout l’épouse légitime et la gardienne du foyer, en tant qu’espace privé, sacré et inviolable (littéralement « innangarðr » par opposition à l’uttangarðr, un mot que le lecteur a pu apercevoir dans le premier paragraphe et qui signifie l’espace extérieur, étranger et inconnu, voire hostile) lorsque l’homme partait en expédition maritime ou à la chasse.

La húsfreyja était la seule à porter les clés de la maison à sa ceinture et seuls ses enfants étaient considérés légitimes aux yeux du chef de famille. Elle veillait à la gérance de la maison et de ses dépendances et supervisait le travail des employés. La húsfreyja veillait à l’éducation des enfants et à la transmission des coutumes. Elle pouvait demander le divorce pour des motifs sérieux et pouvait même récupérer la dot qu’elle avait remise à son époux lors du mariage. Elle régnait de façon absolue sur toutes les affaires domestiques.

À l’époque viking, on croyait que les femmes en général pouvaient favoriser l’intervention des dieux. On croyait qu’elles pouvaient lire l’avenir par l’entremise de plusieurs supports notamment les hlautteinar, ces baguettes de bois que l’on jetait dans du sang sacrificiel et qui servaient à interpréter les arrêts du destin. Elles étaient aussi vues comme des guérisseuses et des magiciennes. L’historien romain Tacite affirme qu’une aura de mystère entourait les femmes du Nord et qu’on les consultait dans toutes les circonstances, incluant pour des questions militaires et politiques.

Lors des célébrations, les femmes devaient servir la bière et l’hydromel au goði (l’officiant du culte) et aux convives. Leur féminité conférait à ces boissons sacrificielles un caractère sacré. Selon l’Edda, on nommait ces assistantes d’Odin, les valkyrur (ou en français les valkyries). Aujourd’hui, les pratiquants emploient encore le terme valkyrie ou parfois gyðja (le féminin de goði) pour nommer ces assistantes au culte.

Nos déesses, les Ásynjur, jouent des rôles très importants dans notre panthéon. Pensons à Freyja, déesse de la fertilité ; à Frigg, déesse du foyer ; à Nerthus, l’antique Terre mère ; à Eir, déesse de la médecine ; à Vár, déesse des serments ; à Thrúd, déesse de la force ; à Syn, déesse du droit ; à Snotra, déesse de la sagesse ; à Sól, déesse du soleil ; à Nanna, déesse de la joie ; à Iðunn, déesse de la longévité ; à Gefjon, déesse de l’agriculture, pour ne nommer que celles-ci.

Ne voyons-nous pas dans cette apologie de la femme, un formidable exemple de courage face aux défis de nos communautés modernes ? L’auteur de ce site Web sera pour toujours en faveur d’un équilibre des pouvoirs au sein de nos communautés païennes germaniques. Nous souhaitons ardemment que toutes les femmes du monde prennent leur place au sein de leur propre communauté et puissent exprimer leur amour, leur générosité et leur tendresse librement, qu’elles puissent exprimer leur féminité si distinctive et si précieuse aux yeux des hommes, til árs ok friðar !